Celle que je suis

La plus grosse difficulté de ma vie a toujours été de me faire accepter pour celle que je suis.

J’ai souvent eu l’impression que je devais m’adapter aux humeurs des personnes que je fréquentais et que je ne pouvais pas être celle que je suis profondément. Le plus dur ce n’est pas d’être celle que je suis, c’est bien plutôt que les autres m’accepte telle que je suis. Car autrui projette toujours sur nous-même sa propre envie ou ses propres angoisses.

Il m’aura fallu une bonne trentaine d’années, un mari, deux enfants et trois grossesses pour parvenir à me définir, à approfondir mes valeurs, mes ambitions, mes souhaits et tout ce qui fait de moi celle que je suis. A présent, je sais ce qui compte vraiment pour moi et ce qui peut me chagriner.

Maintenant le plus dur est de le faire entendre à chaque personne qui partage ma vie.

J’ai réalisé que je suis différente de la norme et celle que je suis est souvent incomprise.

Ma première constation est mon statut de mère au foyer. J’ai un Bac+3, je me destinais à une carrière professionnelle et je me « contente » d’être mère au foyer. J’ai remarqué à plusieurs reprises que les personnes qui me côtoient ne comprennent pas que je puisse m’épanouir ainsi. Pire encore, elles me disent que cela n’est pas fait pour moi et que je me laisse enfermer chez moi.

Être mère au foyer est dévalorisé par la plupart des gens. Tu n’as pas de vie sociale, tu n’as pas de boulot, tu es dépendante financièrement, tu profites des allocs, tu fais des tâches ménagères à longueur de temps, tu n’as comme compagnon de parole que tes gosses, et surtout tu es déconnectée de la réalité. Forcément, comme tu n’as pas de vie active, tu vis donc dans un monde parallèle dans lequel tu n’as aucune conscience de ce qu’est la vraie vie et ta vison de la vie est donc déformée… voilà comment te perçoivent la plupart des gens.

Même dans la blogosphère le statut de mère au foyer n’est pas très à la mode. En effet, cela fait presque trois ans que je blogue et je n’ai pour ainsi dire jamais été conviée dans aucun cercle de blogueuse. Non pas que je sois à la recherche d’amies blogueuses, mais j’ai pu constater à de nombreuses reprises qu’il existe plusieurs réseaux de blogueuses que je suis et avec lesquelles j’ai tenté de nouer le contact, eh bien je n’ai eu aucun retour…. A croire que ce n’est pas assez chic un blog de mère au foyer, il est plus classe d’être maman blogueuse qui bosse en parallèle, ou maman qui surfe sur la vague des mères indignes, ou encore maman free lance mais maman au foyer, non merci ! Qu’à cela ne tienne, je n’ai eu besoin de personne pour arriver jusqu’ici et je trouve que je m’en sors très bien ainsi.

Ma deuxième constation est que je dérange car je suis différente dans le rapport que j’ai avec mes enfants. J’ai un passif déplaisant étant gamine et forcément cela a modelé la perception que j’ai en tant que maman. Je suis incapable de confier mes enfants à qui que ce soit. Chaque jour que Dieu fait, je les garde précieusement et je ne veux pas m’éloigner d’eux. Pour le moment, ils ne sont encore jamais allés dormir chez un copain, un cousin ou une tata. Je suis incapable de partir en week end ou en vacances seule avec mon homme et de me séparer de mes fils pendant plusieurs jours. Mon mari partage entièrement mon ressenti et nous sommes donc deux à ne pas envisager ce genre de choses. Eh bien, notre attitude est très critiquée. Ce n’est pas la norme, vous comprenez, lorsque l’on fait des enfants, dans notre société, il faut se séparer d’eux et la famille bien souvent n’aime pas lorsque l’on fait exception. Dans mon entourage, nous sommes les seuls à agir de la sorte et je sais que nous sommes régulièrement montrés du doigt.

Troisièmement, choisir une voie différente de celle habituellement empruntée par la plupart des gens, m’investir émotionnellement et personnellement dans ce nouveau chemin, vouloir embarquer avec moi une personne que l’on croit être prête à vivre cela avec soi et finalement prendre en pleine figure une comparaison malsaine, et surtout s’entendre dire que l’on fait des histoires pour rien. Quelle tristesse ! Quelle déception !

Je suis différente et j’aime ma différence. J’aime avoir le nez dans des bouquins et ensuite relever la tête et voir ce que je peux faire de tout ça dans la vie. J’aime l’éducation que je donne à mes enfants car même si elle n’est pas parfaite et même si je continue de me tromper souvent, je n’arrête jamais de penser au meilleur pour eux et je n’arrête jamais de vouloir changer en mieux pour eux. J’aime ma vie de famille et je kiffe rester chez moi, en pyjama, à ne rien faire d’autre que de prendre soin de nous. J’aime la femme que je suis, je ne porte pas d’artifice, je ne me cache pas derrière une langue de bois ou des sourires complaisants, je suis honnête et je m’autorise enfin à exprimer mes émotions. J’aime ma vie de blogueuse, je suis fière de la réussite de mon blog et je recharge régulièrement mes batteries auprès de mes lectrices, régulières ou occasionnelles, qui ont souvent les mots justes pour panser le cœur d’une maman meurtrie.

Je suis différente, je le sais depuis toujours et cela ne m’a pas toujours été favorable et cela continue à ne pas être en ma faveur…

Que dois-je faire alors ? Oublier celle que je suis pour plaire à l’ensemble ? Écouter les émotions des autres, oublier les miennes et réaliser que même lorsque je me mets à la disposition de l’autre, il prendra tout ce dont il a besoin et oubliera bien vite ce que tu as fait pour lui et ensuite se permettra même de te rouler dans la boue, de te rabaisser et de t’humilier publiquement…

De toute manière, quoi que je dise, j’en prendrai plein la tête parce que je reste incomprise. J’ai eu le loisir de constater depuis des années et avec la plupart des personnes que j’ai rencontrées et avec lesquelles j’ai eu des différends, que ma parole est toujours contestée. Mes remarques sont toujours mal interprétées.

Sans doute suis-je dans l’erreur depuis toujours…

Ou alors sans doute ma parole dérange car elle est vraie, émotive et sincère…

Sans doute je n’arriverais jamais à avoir une conversation normale lors d’un conflit car je dis des choses qui renvoient à soi-même et qui font mal car elles révèlent des tabous, des secrets, des non-dits….

Sans doute suis-je critiquée car j’ai une très grande assurance dans mes propos et que cela est très souvent perçu comme de l’arrogance…

Au terme de cet article, ma fille bouge et remue au creux de mon utérus. La vraie valeur de ma vie réside ici, dans cette vie à naitre que j’ai tenté de protéger tout au long de ces mois tumultueux, des méfaits des adultes. Je me rends bien compte que je ne l’ai pas suffisamment préservée de tout ce stress et qu’elle aura forcément des restes de tous ces conflits.

Je suis lasse des conflits. J’ai la sensation de m’être battue toute ma vie et le pire, c’est que mon ressenti est d’avoir combattu des moulins à vent, car à présent, je réalise que on ne m’a jamais autorisé à m’affirmer telle que je suis vraiment, je me rends bien compte que mes mots ont toujours été bafoués.

Je suis lasse de tout ça. J’ai à présent une vraie priorité dans ma vie, ce sont mes enfants et malheureusement à cause de problèmes d’adultes, ce sont eux qui pâtissent de ces conflits. Lorsque je suis contrariée, je suis en proie à de nombreuses insomnies. Je ne dors plus la nuit, je suis donc bien trop fatiguée et beaucoup moins patiente avec eux. Et que dire de ce bébé qui depuis sa conception a ressenti tellement de colère, de frustration, de tristesse et d’incompréhension ? Comment va-t-il vivre dans ce monde de brutes ?

Il me reste un petit mois avant d’accoucher. Je ne me laisserai plus polluer.

Qui m’aime me suive et pour le reste advienne que pourra !

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Des larmes et des mots

Il existe des larmes qui jaillissent un beau matin et qui sont sans fin.

Hier, je n’ai pas réussi à tenir mon défi de ne pas crier. Mes émotions étaient bien trop fortes pour les contenir. Elles ont éclaté, se répandant sur mes joues et dans ma voix.

Le commencement de ce déferlement émotionnel se situe dans une remarque tellement inappropriée et blessante de surcroit. Par un beau dimanche après-midi, mon mari, mes fils et moi nous rendons à un anniversaire dans ma belle-famille. L’accueil fut plus que décevant et la nature humaine plus que méchante.

Ma vie n’est pas un long fleuve tranquille et dans ma frèle embarcation, une vague inattendue et trop forte fait facilement chavirer mon bateau.

Depuis je pleure. Ce ne sont pas des larmes de tristesse mais bien des larmes de dégoût, de déception, d’énervement.

Mon Dieu qu’il est difficile de grandir dans ce monde de brutes !

Je suis d’une nature tendre, aimante et compréhensive et les personnes toxiques que j’ai pu cotoyer ainsi que celles que je cotoie bien malgré moi, me rendent aggressive et dépressive. Combien j’en ai marre de subir !

S’il ne tenait qu’à nous, mon mari et moi aurions déjà emmené notre famille vivre loin de cette misère.

Il ne s’agit pas d’une fuite mais d’une survie.

Régulièrement, mon esprit vogue vers ces pensées qui dépassent mon entendement et je ne parviens toujours pas à accepter ces idées saugrenues et ces attitudes malveillantes. Je peste contre ces personnes qui blessent en toute impunité. Je peste contre la méchanceté des mots qui blesse gratuitement. Je peste contre ce monde qui abrutit et qui pervertit la beauté de l’amour.

Qu’il m’est difficile de vivre ainsi ! Mon esprit est bien trop alerte pour se contenter d’attendre que ça passe. Il chauffe et surchauffe devant tant d’indifférences et d’incompréhension. Mon esprit verse des larmes, pousse des cris et s’énerve. Il refuse d’admettre l’inacceptable.

Je tente le lâcher prise, non sans mal.

Je tente l’isolement, un moindre mal.

Je tente l’oubli, avec beaucoup de mal.

Combien de temps encore ?

Je me croyais en meilleure forme, je me rends compte que toute ma vie, je trainerai des casseroles dont je ne peux me défaire. Je maudis toutes ces personnes qui vivent en blessant leur prochain avec leurs mots, leurs attitudes et leurs idées qu’ils souhaitent imposer envers et contre toute bonté. Que la vie se charge de leur rappeler que la roue tourne très vite !

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Bienveillante

Lorsque j’ai été enceinte pour la première fois, j’ai cru du plus profond de mon âme que je serai avec mon enfant une maman bienveillante. J’ai cru que c’était instinctif, que mes bras étaient destinés à l’accueillir avec douceur. J’ai cru que mon coeur saurait naturellement comprendre le sien et apaiser ses pleurs. J’ai cru que je savais faire.

J’y ai tellement cru que je n’ai pas réalisé tout de suite que mes gestes étaient loin d’être bienveillants. Dans l’urgence, dans la panique des appels répétitifs et incompréhensibles de mon nourrisson, je n’ai pas compris que je m’y prenais mal.

Quand mon coeur revit ces moments, je souffre pour mon fils. J’aimerais avoir le pouvoir de me transporter dans le passé et de me murmurer à l’oreille tout ce que j’ai appris et compris cette dernière année. Mais la vie est ainsi faite et ce qui est fait ne peut être défait. Je porterai sans doute encore de nombreuses années le poids de la culpabilité de n’avoir pas compris plus vite…

Du plus loin que je me rappelle, je n’ai pas le souvenir d’avoir été câlinée par ma mère. Je ne me souviens pas de ses bras bienveillants m’enveloppant d’amour. Je n’ai pas appris au contact de sa peau à recevoir et à donner de l’amour.

Lorsque mon deuxième fils est né, c’est dans les bras de mon médecin homéopathe, une femme formidable, que j’ai eu le déclic de ce à quoi servait les bras d’une maman bienveillante. Ils ne se contentent pas d’endormir. Ils protègent et réconfortent. Ils installent un halo d’amour autour de cet enfant. Ils accueillent ses émotions et l’en déchargent.

Bien souvent, on berce un nourrisson au creux de ses bras.  Ce bercement apaise les pleurs et transmet un sentiment de sécurité dont a besoin ce bébé pour grandir. Puis quand il a grandi, qu’il marche, qu’il est plus indépendant, on oublie que ce bercement reste esssentiel pour continuer sa croissance en toute sécurité affective.

Ma mère m’a bercée étant bébé puis m’a laissé seule avec mes angoisses et mes pleurs. Une fois devenue petit enfant, ses bras se sont fermés et ne sont plus jamais réouverts. Alors je n’ai pas appris à son contact à ouvrir mes propres bras pour accueillir de manière bienveillante mon enfant.

Bien sûr que j’ai su le bercer quand il pleurait, mais avec le recul, je réalise que ce bercement n’était qu’un automatisme, il n’était qu’une copie de ce que j’avais vu faire. Ce bercement ne savait pas accueillir les émotions. Puis mon bébé a grandi et heureusement pour lui,  j’ai ouvert mon coeur, mon esprit et mes bras à l’amour que j’avais pour lui. Je n’ai pas eu peur de mes sentiments, je n’ai pas eu peur de lui dire que je l’aimais et de lui montrer. Finalement, ce que je n’ai pas su lui donner instinctivement dès sa naissance, je lui donne maintenant et chaque jour qui passe.

Le chemin parcouru depuis est loin d’être terminé. Etre une maman bienveillante est pour moi un travail de longue haleine. Pourquoi est-ce que je défends avec autant d’ardeur l’éducation non violente ? Parce que, quotidiennement, je vois le massacre qu’a fait la violence éducative ordinaire sur ma propre personnalité. Je vois chaque jour les séquelles qu’ont laissé sur mon âme les châtiments corporels que j’ai reçu.

Quelle tristesse de réaliser que pour être bienveillante, je doive faire un travail sur moi-même ! Quelle tristesse de se rendre compte que l’automatisme qui perdure c’est la main qui démange de fesser plutôt que les bras qui s’ouvrent pour câliner son enfant ! Quelle tristesse d’entendre sa voix crier, hurler, pour ordonner et imposer !

Chaque jour qui passe, j’ai peur de retomber dans mes mauvais travers, ceux qui sont soit-disant acceptables et qui pourtant m’ont fait et me font encore tant souffrir.

Je suis enceinte de mon troisième enfant et je sais que de nouvelles épreuves vont venir perturber mon équilibre intérieur. J’espère être à la hauteur et parvenir à ouvrir mes bras et mon esprit aussi grand que l’amour que j’éprouve pour mes enfants. J’espère que la fatigue et les difficultés du quotidien n’envahiront pas mon coeur au point de ne plus entendre ma petite voix bienveillante qui me guide vers le bonheur et l’épanouissement de ma famille.

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Mon bonheur à moi

J’ai reçu, il y a quatre mois, la plus merveilleuse des nouvelles et la plus horrible en même temps.

Quelle difficulté de vivre un grand bonheur et un grand malheur à la fois ! L’être humain est ainsi fait qu’il se laisse submerger par la peine, la souffrance et la mélancolie et en oublie d’être heureux et comblé. Par moment je me suis sentie au bord du gouffre, désespérée et très énervée.

Comme si cela ne suffisait pas, mes tourments, mes lectures et mes questionnements sur l’éducation parentale ont fait ressurgir le mal que j’avais subi sous l’éducation de mes propres parents.  Que devais-je faire avec toutes ces révélations ? Allais-je me laisser pourir, encore une fois, la vie et passer à côté d’une belle période qu’est la grossesse de mon troisième enfant ?

Je refuse. Je suis une maman à la recherche de son bonheur.

Pour le trouver, j’écoute ce que l’on entend pas, le murmure des émotions.

Pour le trouver, je regarde ce que l’on ne voit pas, la beauté du coeur.

Pour le trouver, j’accepte de me tromper.

J’ai ainsi trouvé un petit enfant endormi dont les traits du visage sont tout simplement parfaits, j’ai entendu la souffrance d’un être qui a besoin d’être soulagé, j’ai laissé de côté mes principes et je le vis très bien.

Dans la vie, avant d’être parent, tu as plein d’idées reçues. Tu es convaincu d’un tas de choses. Tu juges si facilement. Puis tu deviens maman et ton monde est bouleversé. Tu te trompes une bonne centaine de fois, tu pleures, tu t’excuses et finalement tu commences à trouver ton rythme de croisière. Tu sais, à partir de là, que rien n’est immuable, que la vérité est ailleurs, qu’un rien est loin d’être rien. Et tes prinicipes seront à l’image de ton intérieur en perpétuel changement.

Je suis une maman très imparfaite mais il y a une seule chose sur laquelle je ne dérogerai jamais : rien ni personne ne passera avant le bonheur et le bien-être de mes enfants. Jamais je ne laisserai quoi que ce soit me séparer d’un de mes enfants.

Je suis enceinte de mon troisième enfant et je sais que la vie est ici, au sein de mon utérus. Puis elle s’épanouit au creux de mes bras. Pourtant, cette troisième grossesse n’est pas telle que je l’espérais. Elle est difficile. Mon esprit souffre encore des stigmates de mes conflits parentaux. Mon corps est affaibli.

Mais toute cette faiblesse devient une force au fur et à mesure que mon bébé grandit. Mon ventre s’arrondit et je sens remuer en moi ce petit être. Cela m’apaise tellement et me rappelle les vraies valeurs de ma vie, mes enfants. Ici se cache mon bonheur à venir, il s’approche près de moi et mon visage s’émerveille.

Parfois, il est vrai que dans la solitude de mon foyer, je me sens un peu délaissée, je manque de conversations d’adulte ou encore de reconnaissance. Je l’accepte. Dans ce monde de brutes, rien n’est parfait. Il s’agit toujours de choisir un moindre mal. Je préfère m’endormir fatiguée des cris de mes enfants.

Mon bonheur est authentique, il souffre quelque fois, puis il panse ses blessures et se reconstruit dans les petits bras de mes enfants. Nul être au monde n’est capable de donner autant d’amour aussi parfaitement, aussi humblement. Cette plénitude est une chance, je ne pourrai m’en passer.

Je tourne enfin le dos à toute cette bêtise humaine qui m’a tant fait souffrir. J’ai à mes côtés un bon mari. Un homme qui a des défauts certes mais qui sait se remettre en question, qui tient compte de ce que je lui dis et qui participe activement à l’éducation de ses enfants. Dieu m’a offert deux magnifiques garçons que je regarde grandir le coeur plein de bienveillance et une troisième grossesse que je protège jalousement.

J’ai l’habitude de dire et d’écrire que la vie n’est pas un long fleuve tranquille. Je viens de traverser une très grosse tempête. Mon navire a été touché et a failli couler. Grâce à Dieu, j’ai largué les poids qui me poussaient vers le fond et j’ai repris mon cap.

Et comme le chante si bien mon fils « Mon bonheur à moi, c’est quoi ? Mon bonheur à moi, c’est toi. »

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Je suis seule et je me sens bien…

Après avoir perdu mes racines, j’ai beaucoup parlé. J’ai eu besoin de vider mon sac oralement et par écrit. J’ai passé de longues heures au téléphone à discuter de cette insupportable situation, avec mes soeurs, ma meilleure amie. J’en ai parlé avec mon mari de longs jours durant. J’ai pleuré, séché mes larmes, essayé d’oublier puis j’ai réalisé que je n’oublierai jamais rien et j’ai de nouveau pleuré. J’ai vu ma mère, puis mon père, j’ai récupéré tout ce qui m’attachait physiquement à eux et ma nouvelle vie a commencé, difficilement, péniblement, doucement…

Ma renaissance se fait dans la solitude. J’apprends à me reconnaitre, à me découvrir. Je n’ai besoin que de moi, de mon homme et de mes fils. Je suis à la recherche de moi, de mon moi profond, celui que j’ai fait taire il y a des années, lorsque mes émotions ne pouvaient s’exprimer.

Aujourd’hui ce sont elles qui me tiennent compagnie. Je fais le silence autour de moi pour parvenir à savoir qui je suis.

Il est vrai que je ne suis pas une amie exemplaire en ce moment. Je ne donne aucune nouvelle, ni à l’une ni à l’autre. Mes copines, mes amies ne m’en voulez pas. Je suis absente mais je ne vous oublie pas. Je pense à chacune de vous chaque jour, ne sentez-vous pas mes pensées qui s’envolent jusqu’à vous ?

J’ai toujours essayé de prendre soin des personnes que j’aime, je me suis toujours fait du souci pour elles quand elles étaient dans les difficultés, j’ai toujours eu beaucoup d’empathie et de compassion, j’ai toujours essayé d’être disponible et présente, dans les mauvais comme dans les bons jours. J’ai toujours pris des nouvelles, écrit, appelé, fait des coucous de loin ou de près. J’espère que vous comprendrez que je ne vous lâche pas. Cela ne m’est jamais arrivé auparavant toutefois j’arrive à cet instant de ma vie où je me dois d’être égoïste. Cela représente pour moi un besoin vitale.

Comme je n’aime pas l’hypocrisie, je ne peux pas me forcer à faire comme si tout était normal et surtout je ne veux pas faire semblant avec mes amies. Alors je m’éloigne. Je vais prendre le temps de me retrouver, de savourer les plaisirs que la vie m’offre, en famille et en solo. Je me concentre sur ce qui fait ma vie et j’espère que cet éloignement ne vous peinera pas trop.

Je sais bien que je risque de tout perdre ou de ne retrouver que les meilleures mais je suis sûre que vous resterez toutes car j’ai toujours pris soin de n’avoir auprès de moi que les meilleures personnes 😉

Je suis seule et je me sens bien… J’en ai besoin.

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Les sentiments.

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Je sais ce que j’aime, ce que je n’aime pas, quoi qu’il m’arrive très souvent d’être indécise voire ambivalente. J’ai toutefois de la difficulté à formuler ou à transmettre aux autres ce que je ressens.

Je sais dire « je t’aime ». En revanche, je ne sais pas toujours dire « je suis blessée ». Lorsque j’y parviens, mes mots sont souvent agressifs comme s’ils se déchargeaient de ma souffrance sur l’autre, car je ne sais pas quoi faire de cette chose qui me fait tant mal.

Quelle désolation de ne pas savoir quoi faire de ce qui fait ce que nous sommes !

Les sentiments font et défont l’Homme. Les sentiments sont notre chemin de vie : nos peines, nos joies, nos peurs, nos angoisses, nos envies, et tant d’autres.

Dès notre naissance, nous sommes envahis par ces ressentis qui sont dès cet instant à la disposition de nos parents. Cela débute dès lors que la sage-femme coupe le cordon et prend fin à notre dernier souffle. Être parent, c’est prendre en charge un petit être physique et un petit être sentimental en même temps. L’un ne va pas sans l’autre. Pourtant nous l’oublions souvent.  Quelle mission, me direz-vous ! Évidemment !

Accueillir un bébé, c’est un plaisir mais est-il vraiment partagé par l’enfant ? Oui, vous lirez ici ou là que ce n’est pas dramatique de laisser pleurer son bébé, qu’une fessée n’a jamais tué personne, que la frustration est nécessaire au bon développement de ce petit démon qui pleure pour un rien, qu’un ado est toujours contrariant et qu’il vous faut être ferme, que la discipline est nécessaire… Oui, vous le lirez, vous l’entendrez et peut-être y croyez-vous… Pas moi !

J’ai une petite expérience de maman mais une énorme expérience d’enfant fessé, frustré, contrarié et élevé dans un foyer où la discipline et l’autorité parentale étaient surpuissantes. Et j’ai beaucoup appris de tout ça. J’ai appris que l’on peut être parent, que l’on peut aimer très fort ses enfants et leur faire beaucoup de mal.

Je ne fais pas de procès à mes parents, ni aux autres parents. Néanmoins, je tire des leçons. Vous croyez que c’est mal de dire que l’éducation que l’on a reçu n’était pas à la hauteur ou que celle que l’on observe chez certains parents est mauvaise ? Vous pensez que vous seriez capable de faire le bilan de l’éducation que vous avez eue, d’analyser sereinement les erreurs de vos parents et de l’éducation que vous donnez à vos enfants ? Est-ce irrespectueux ou déplacé ? Il est vrai que les parents détestent qu’on leur fasse remarquer qu’ils ont mal agi. Alors faut-il taire ses mauvais traitements, ou pire les occulter et qu’ils fassent de nous des adultes et des parents qui ne savent pas gérer leurs sentiments et ceux de leurs enfants ? Je ne suis pas d’accord.

Je ne sais pas exprimer mes sentiments négatifs car on ne m’a pas laissé le loisir de les dire.

Exprimer la colère est la première chose que les parents veulent supprimer chez leur enfant car « C’est pas joli, un enfant qui se met en colère », l’avez-vous déjà entendu ? Et qu’est-ce qu’il s’en fout l’enfant d’être joli, il veut juste être compris, respecté.

Exprimer ses peurs, un enfant a le droit jusqu’à un certain âge, après le père dira à son garçon « Tu es grand maintenant, tu ne dois pas avoir peur ». Et vous en tant qu’adulte, vous n’avez jamais peur ?

Exprimer sa tristesse, ses pleurs, ça va un petit moment mais ensuite les parents disent « Arrête de pleurer sinon je vais t’en mettre une et tu sauras pourquoi tu pleures. » Ne vous arrive-t-il jamais d’être au bord des larmes sans vraiment savoir pourquoi… peut-être un peu fatigue, une angoisse qui ressurgit, une joie profonde.

Exprimer son désaccord, c’est interdit. L’enfant doit manger selon les critères du parent et non selon son propre appétit, l’enfant doit marcher vite car le parent donne la cadence, l’enfant ne doit pas contredire un adulte… et j’en passe !

Exprimer son amour, le manifester… Encore faut-il que le parent soit disposé à le recevoir et à le partager.

Je suis indignée de cette surpuissance que s’accorde un être humain du moment qu’il devient parent. A croire que l’enfant n’existe pas, qu’il n’est que le prolongement du parent et que celui-ci peut en faire ce qu’il veut.

Combien d’adultes souffrent sans même oser se l’avouer, de n’avoir pas été respectés en tant qu’enfant ? Combien ne réussissent pas se maitriser face à leurs propres enfants et ne se reconnaissent pas ?

Nos sentiments sont ce que nous avons de plus précieux. Ils nous révèlent, nous trahissent, nous définissent. Ils sont nos qualités et nos défauts. Ils sont ce que nous sommes. Il ne faut pas les bafouer, il ne faut pas les occulter. Laissez parler vos sentiments et ceux de vos enfants. C’est finalement très rassurant de savoir ce que ressentent nos enfants. Nous sommes alors à même de répondre à leurs besoins sans se sentir agressé par leurs pleurs ou leurs cris.

Depuis quelques temps, je m’emploie à pousser mes enfants à exprimer leurs sentiments. Et aujourd’hui, j’ai eu droit à « Je suis contrarié » de mon fils de trois ans qui pleurait au moment où je partais avec son frère ainé. J’ai trouvé si touchant qu’un enfant aussi petit parvienne à dire ce genre de ressenti. Du coup, il a eu droit à un énorme câlin et à un moment durant lequel nous avons séché ses larmes et échangé quelques mots tendres puis il est parti rejoindre son père en souriant.

Je ne suis pas encore au top de ma forme psychologique -le sommes-nous un jour ?- pourtant je réalise que pour le bonheur de mes enfants, je suis tout à fait capable d’être quelqu’un de bien, dont je serai fière et dont je n’aurai pas à rougir quand le mot fin surgira.

Pour le bonheur de mes enfants…

Où sont mes limites ?

Ces dernières semaines, mes résistances nerveuses et affectives ont été mise à mal. Ce matin, au hasard de mes lecteurs sur le net, je suis tombée sur un article, que vous pouvez lire en cliquant ici, qui m’a tout simplement redonné la vue.

En effet, j’étais aveuglée par la souffrance que j’ai ressenti et je ne pouvais m’en remettre. Quelles en étaient les conséquences ? J’étais triste, en colère et à bout de nerf. Qui en faisait les frais ? D’abord moi, mon corps, mon moral et par ricochet, mes enfants et mon homme.

Et cet article m’est apparu. Il m’a fait me poser les bonnes questions. Quelles sont mes limites ? Mes limites affectives sont-elles simplement les liens qui m’unissent à mes parents, à mon frère ? Mes parents se soucient-ils de mon état mental ou de mon manque affectif ? Ont-ils fait la démarche de s’inquiéter du bien-être de leur fille ?  Comment me sentirais-je, Dieu m’en préserve, s’il arrivait quelque chose à mon amoureux ou à mes enfants ?

Chaque jour que Dieu fait, je me réveille aux côtés d’un homme qui m’aime profondément et auprès de nos deux petits princes.

Chaque matin, Dieu nous accorde la vie, la santé et le bonheur d’en jouir et d’en disposer à notre bon vouloir.

Aujourd’hui, je suis convenablement vêtue, j’ai le ventre bien rempli et un toit au-dessus de ma tête.

J’ai la faculté de réfléchir, un cerveau qui fonctionne à merveille et je ne me taris jamais du savoir que la vie nous offre.

Chaque soir, je me couche sans redouter de bombardement. Mon pays est à l’abri de la guerre civile.

Mes enfants vont à l’école, leurs petites mains ne sont malmenées par un travail précaire.

Ma liberté d’expression est grande et personne ne me poursuit pour avoir exposer mes idées.

Comme le dit si bien Anne-marie, l’auteure de cet article « Je m’accompagnais psychologiquement de ces femmes martyrs, non pas pour comparer et me dire « tu vois la chance que tu as par rapport à elles » (je suis persuadée que c’est une solution qui nous culpabilise mais ne fonctionne pas) mais pour ressentir leur force et les capacités humaines insoupçonnées qui existaient en moi. »

Je fais la liste de ces merveilleuses choses que la vie m’offre non pas pour me dire que j’ai de la chance, mais simplement pour réaliser que toutes ces choses qui sont acquises pour moi ne le sont pas forcément pour tout le monde. Combien de personnes luttent quotidiennement pour manger à leur faim ? Où trouvent-elles la force de lutter ? Au fond de leur coeur, de leur âme, de leurs tripes. L’être humain a cette capacité suprême d’affronter bons nombres de difficultés et de les surmonter.

J’ai cette force en moi. Et vous l’avez aussi.

Je refuse de sombrer plus bas. Je refuse de me lamenter. Je refuse de perdre espoir.

La vie n’est pas un rêve. Elle est faite de tourments, de sacrifices, de maux. Néanmoins, la vie est aussi bonheur, joie et réconfort.

Je ferai de cette épreuve une force. Je ferai de ma vie un havre de paix pour le bien, pour la liberté, pour l’amour.

Je ne veux plus me battre, je ne veux plus souffrir, je veux juste aimer et vivre.

La limite que je ne dépasserai plus, c’est celle du mal que je peux me faire et le mal que je fais à mes enfants en les délaissant quelque peu.

Mes autres limites seront surement repoussés avec le temps ou au gré des épreuves que la vie me réserve et j’espère toujours conserver dans mon coeur et dans mon esprit que mes limites ne sont pas fixes et que je peux toujours aller plus loin pour mieux aimer.

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