Journal intime

C’est en regardant le film « Le premier jour du reste de ma vie » que m’est venue cette envie d’écrire et de partager. Une scène de ce film m’a particulièrement touchée, celle où la mère de famille découvre l’existence du journal intime de sa fille et le lit. J’ai alors interrogé les mamans qui me suivent sur Facebook et leurs ai demandé ce qu’elles auraient fait dans cette situation.

A ma grande surprise, plusieurs mamans ont répondu que oui, surtout si elles sentaient que leur enfant est en détresse et pour connaitre l’origine de ce mal. D’autres mamans ont répondu « non » car elles souhaitaient respecter le jardin secret de leur enfant. Et certaines mamans ont avoué avoir eu un journal intime que leur mère avait lu.

J’appartiens à cette dernière catégorie. Ma question n’était donc pas anodine.

Voici mon ressenti et les mots qui suivent n’engagent que moi. Loin de moi l’idée de déclencher de la culpabilité, à chacun son histoire…

La mienne commence il y a fort longtemps, alors que je n’étais qu’une jeune fille de 13 ans. Armée d’un stylo et d’un cahier, je noircissais le papier racontant à un double de moi-même mes aventures. Ma vie n’était pourtant guère passionnante alors sans doute le fait de jeter des mots sur une feuille blanche remplissait le vide qu’il y avait dans mon cœur.

A l’époque mes mots parlaient d’amour et surtout cherchaient l’amour, au sens biblique du terme, car dans la secte dans laquelle j’ai été élevée l’amour était autorisé qu’à travers le mariage. Alors la toute jeune fille que j’étais cherchait désespérément à se faire aimée par n’importe quel jeune homme de la secte. Avec le recul et à la relecture de ces premiers journaux, j’ai découvert une petite fille avec un énorme manque affectif qui ne trouvait pas l’affection dont elle avait besoin au sein de sa famille. D’ailleurs lorsque mes mots ne parlaient pas d’amour, ils racontaient ma difficulté à trouver ma place auprès de mes parents, de l’absence de dialogue avec mon père et du conflit constant qu’il y avait avec ma mère.

J’ai écrit des pages entières, j’ai rempli au cours de mon adolescence plusieurs cahiers pour découvrir que ma mère lisait sans vergogne toute mon intimité. Son excuse ? Je ne lui racontais rien alors il fallait bien qu’elle sache. Même lorsque j’ai été une jeune adulte, elle a continué à pénétrer ainsi dans ma vie et à violer mes secrets, malgré mes précautions et mes avertissements.

Avec le recul, je réalise que ses intrusions n’avaient en aucun cas pour vocation d’améliorer la relation que j’avais avec elle, ni même de trouver un moyen de m’aider à me sentir mieux. Ses intrusions ne servaient que sa cause, sa foi et cherchaient simplement à savoir si je respectais les commandements de la secte. En effet, à aucun moment, je n’ai le souvenir que ma mère ait tenté d’adoucir mon mal-être ou le sentiment d’abandon qu’elle lisait constamment dans mon journal.

Aujourd’hui je suis maman de trois enfants, ce n’est pas une mince affaire et je ne peux jurer de rien. J’ai pour habitude de dire « Il ne faut jamais dire jamais. » Néanmoins si un jour je trouve le journal intime d’un de mes enfants, sachant la douleur que l’on ressent de cette trahison intime, je ne lirai pas ce cahier. Par contre, je lui dirai que l’ai trouvé, que je ne l’ai pas lu mais que s’il y a quoi que ce soit qui lui fait du mal, il peut m’en parler ou en parler à quelqu’un d’autre pour soulager sa peine. Car souvent on imagine que si on lit, on saura ce qui ne va pas chez notre enfant et que nous saurons l’aider. Mais est-ce vraiment ainsi que l’on peut l’aider ? N’est-ce pas simplement une manière de soulager notre curiosité ?

Selon moi pour aider son enfant, il ne faut rien faire dans son dos. Selon moi pour aider son enfant, c’est notre cœur qu’il faut ouvrir sincèrement et pas son journal intime. Un enfant ressent lorsque l’on est sincère et que l’on souhaite, sans arrière-pensée, le soulager.

Étant adolescente, je ne me suis jamais confiée à ma mère car je sentais bien que mes mots seraient mal accueillis et qu’elle me jugerait négativement. Tout est question de confiance. Ma mère disait qu’elle ne pouvait pas me faire confiance. En réalité, sa confiance en moi était aussi mince que la confiance que j’avais en elle. Lorsque j’étais jeune, mes parents ne me voyait pas comme un être unique qu’il faut encourager et soutenir dans son développement personnel. Non, je devais seulement suivre les règles imposées par la secte sinon j’étais sanctionnée. Bref, je ne vais pas en reparler plus longtemps car cela me rappelle bien trop de mauvais souvenirs. Tout cela m’a permis de réaliser que je ne transmettrais pas ce genre de valeurs à mes enfants.

Pour moi, mes enfants ne m’appartiennent pas et je ne dois pas les façonner comme je l’entends. Tout au long de leur vie, je leur transmettrai mes propres valeurs mais je ne peux pas les obliger à avoir les mêmes valeurs que moi. Par contre, je pense que si je leur transmets l’amour que j’ai pour eux, sans condition et sans chantage affectif, et que je les respecte entièrement dans leur corps comme dans leurs pensées, je n’aurais pas besoin de violer leur intimité. Inch’allah

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7 réflexions sur “Journal intime

  1. J’ai connu aussi ce sentiment de trahison et de colère lorsque ma mère faisait allusion à un évènement ou à une pensée qu’elle n’avait pu connaître que par la lecture de mon journal intime . Il lui est même arrivé de me gifler pour avoir osé écrire des choses qui ne lui convenaient pas ! elle se disait « éducatrice » parce qu’elle était enseignante, mais c’était une bien mauvaise façon de résoudre les problèmes d’adolescence et j’ai quitté dès que j’ai pu le domicile familial. Les mères qui trahissent ainsi leur enfant en lisant leur JI devraient se méfier des conséquences !

  2. une mère ou un père ne doit pas lire le journal intime de son enfant . Par contre j’aurais la même réaction que vous . Simplement dire que l’on connait l’existence du journal intime et que s’il y a des problèmes dont il aimerait parler on est à son écoute . bonne soirée

  3. Pingback: Journal intime | Around The World | Scoop.it

  4. en même temps dans un journal intime, il peut y avoir pleins de belles choses 😉 Je n’sais pas si je dirai : « j’ai vu que tu as un journal intime, si tu veux parler de quelque chose je suis là ». Car je me dis que si mon enfant n’a ni de problème apparent et ni de problème qu’il raconte dans son journal, il peut peut être se dire : ‘ pourquoi maman me dit ça, est-ce qu’elle s’inquiète et pourquoi ? …. » J’aurai tendance à penser que si le dialogue est là ba il est là, journal intime ou pas. Et puis peut etre que certains problèmes il voudra en parler avec une personne autre que moi, une personne de son choix et ça par amour pour lui, je ne peux pas être jalouse de ça. Mais bon, pour le moment se sont des principes, de la théorie car ils sont pas en âge de, et je ne sais pas la personne que je serai à ce moment 😉

  5. Ton enfance a pas l’air d’avoir été facile 😦 Je sais que ma fille écrit un journal intime. Il ne me viendrait jamais à l’esprit de le lire, et je n’ai même pas parlé de l’existence de ce journal à son père. Il faut respecter la vie privée de ses enfants; ce n’est que comment ça qu’ils font confiance s’ils ont besoin de se confier.

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