Bienveillante

Lorsque j’ai été enceinte pour la première fois, j’ai cru du plus profond de mon âme que je serai avec mon enfant une maman bienveillante. J’ai cru que c’était instinctif, que mes bras étaient destinés à l’accueillir avec douceur. J’ai cru que mon coeur saurait naturellement comprendre le sien et apaiser ses pleurs. J’ai cru que je savais faire.

J’y ai tellement cru que je n’ai pas réalisé tout de suite que mes gestes étaient loin d’être bienveillants. Dans l’urgence, dans la panique des appels répétitifs et incompréhensibles de mon nourrisson, je n’ai pas compris que je m’y prenais mal.

Quand mon coeur revit ces moments, je souffre pour mon fils. J’aimerais avoir le pouvoir de me transporter dans le passé et de me murmurer à l’oreille tout ce que j’ai appris et compris cette dernière année. Mais la vie est ainsi faite et ce qui est fait ne peut être défait. Je porterai sans doute encore de nombreuses années le poids de la culpabilité de n’avoir pas compris plus vite…

Du plus loin que je me rappelle, je n’ai pas le souvenir d’avoir été câlinée par ma mère. Je ne me souviens pas de ses bras bienveillants m’enveloppant d’amour. Je n’ai pas appris au contact de sa peau à recevoir et à donner de l’amour.

Lorsque mon deuxième fils est né, c’est dans les bras de mon médecin homéopathe, une femme formidable, que j’ai eu le déclic de ce à quoi servait les bras d’une maman bienveillante. Ils ne se contentent pas d’endormir. Ils protègent et réconfortent. Ils installent un halo d’amour autour de cet enfant. Ils accueillent ses émotions et l’en déchargent.

Bien souvent, on berce un nourrisson au creux de ses bras.  Ce bercement apaise les pleurs et transmet un sentiment de sécurité dont a besoin ce bébé pour grandir. Puis quand il a grandi, qu’il marche, qu’il est plus indépendant, on oublie que ce bercement reste esssentiel pour continuer sa croissance en toute sécurité affective.

Ma mère m’a bercée étant bébé puis m’a laissé seule avec mes angoisses et mes pleurs. Une fois devenue petit enfant, ses bras se sont fermés et ne sont plus jamais réouverts. Alors je n’ai pas appris à son contact à ouvrir mes propres bras pour accueillir de manière bienveillante mon enfant.

Bien sûr que j’ai su le bercer quand il pleurait, mais avec le recul, je réalise que ce bercement n’était qu’un automatisme, il n’était qu’une copie de ce que j’avais vu faire. Ce bercement ne savait pas accueillir les émotions. Puis mon bébé a grandi et heureusement pour lui,  j’ai ouvert mon coeur, mon esprit et mes bras à l’amour que j’avais pour lui. Je n’ai pas eu peur de mes sentiments, je n’ai pas eu peur de lui dire que je l’aimais et de lui montrer. Finalement, ce que je n’ai pas su lui donner instinctivement dès sa naissance, je lui donne maintenant et chaque jour qui passe.

Le chemin parcouru depuis est loin d’être terminé. Etre une maman bienveillante est pour moi un travail de longue haleine. Pourquoi est-ce que je défends avec autant d’ardeur l’éducation non violente ? Parce que, quotidiennement, je vois le massacre qu’a fait la violence éducative ordinaire sur ma propre personnalité. Je vois chaque jour les séquelles qu’ont laissé sur mon âme les châtiments corporels que j’ai reçu.

Quelle tristesse de réaliser que pour être bienveillante, je doive faire un travail sur moi-même ! Quelle tristesse de se rendre compte que l’automatisme qui perdure c’est la main qui démange de fesser plutôt que les bras qui s’ouvrent pour câliner son enfant ! Quelle tristesse d’entendre sa voix crier, hurler, pour ordonner et imposer !

Chaque jour qui passe, j’ai peur de retomber dans mes mauvais travers, ceux qui sont soit-disant acceptables et qui pourtant m’ont fait et me font encore tant souffrir.

Je suis enceinte de mon troisième enfant et je sais que de nouvelles épreuves vont venir perturber mon équilibre intérieur. J’espère être à la hauteur et parvenir à ouvrir mes bras et mon esprit aussi grand que l’amour que j’éprouve pour mes enfants. J’espère que la fatigue et les difficultés du quotidien n’envahiront pas mon coeur au point de ne plus entendre ma petite voix bienveillante qui me guide vers le bonheur et l’épanouissement de ma famille.

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6 réflexions sur “Bienveillante

  1. Des mots bienveillants 🙂
    Merci a toi Julie de parler de ton devenir mère et de la dure réalité de la maternité qui est loin d’être instinctive comme on voudrait nous le faire croire. Devenir parent est un réel bouleversement et les traces du passé ressurgissent…
    Bonne grossesse et ne lâche pas ton travail sur toi-même. Il est précieux!

  2. Félicitations pour cette troisième grossesse 😉
    L’éducation est une chose particulièrement difficile et chaque enfant a son caractère, on fait tous des erreurs et on culpabilise, je pense très sincèrement que le principal pour qu’un enfant grandisse bien c’est l’amour avant tout et la complicité que l’on arrive a garder au fil des années avec son enfant.
    bises à toi

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