De la difficulté d’être mère.

Quand devient-on mère ? A la première échographie ? Au premier battement de coeur entendu ? A la naissance du bébé ? Bien après ? Cette première interrogation pose de manière très éloquente la difficulté d’être mère.

Au commencement, il y a un embryon qui se loge petit à petit dans notre matrice. Au demeurant, rien n’a changé. Et pourtant, tout est sur le point de ne plus jamais être comme avant. Rapidement, les prémices de la grossesse apparaissent. Nos matinées sont nauséeuses, nos seins se préparent à accomplir leur travail, nos goûts changent, notre taille aussi, et nos hormones disjonctent. Notre corps sait qu’il va devenir mère bien avant nous. La complexité d’être mère s’amorce déjà. Etre enceinte est une bénédiction et une joie, néanmoins cela reste une contrainte. La femme doit accepter de voir son corps se modifier. Ce n’est pas une évidence et c’est là que réside la gêne. Devenir mère, c’est d’abord voir son ventre s’arrondir, ses hanches s’élargir et sa poitrine devenir généreuse. C’est aussi connaitre des douleurs que l’on ne soupçonnait pas, éprouver des angoisses inconnues et réaliser que, pendant quarante semaines, on ne sera plus jamais seule.

 Vient ensuite l’accouchement. On sait plus ou moins lorsqu’il débute par contre, on ne peut savoir quand la naissance arrive, ni même comment. A notre époque, l’enfantement est sur-médicalisé. Monitoring, péridurale, déclenchement, césarienne, épisiotomie sont des mots que tu entends régulièrement au cours de tes diverses visites chez les spécialistes. Le jour J, tu devines que l’on ne te laissera pas tranquille. Et c’est bien le cas ! Or, au même titre que notre corps sait avant nous comment se préparer à la grossesse, il sait aussi comment appréhender la douleur des contractions et la marche à suivre. Malheureusement, le milieu médical en a décidé autrement et a pris tout cela à sa charge. La femme n’a donc plus le loisir de découvrir sa maternité naturellement. Il est évident que le fait de mettre au monde un bébé est douloureux, mais n’est-ce pas le processus naturel pour devenir mère ? Si en amont l’accent était mis sur la gestion de cette douleur, si les femmes pouvaient choisir librement leur position pour accoucher, si elles étaient suivies pendant neuf mois par une personne qui les écoute, les rassure et si celle-ci faisait partie intégrante du processus de la naissance, les heures de travail et la délivrance seraient certes un grand mal mais adouci par les bienfaits de sa présence et de son aide.

Voici venue l’heure du premier cri de ce nouveau-né, et que vous le ressentiez ou non, que vous le vouliez ou pas, vous êtes civilement mère ad vitam eternam. Vous tenez dans vos bras un nourrisson qui connait votre voix, votre odeur, les battements de votre coeur, vos émotions mais quant à vous, vous le découvrez. Et ce n’est pas une mince affaire. Vous expérimentez de nouveaux gestes, de nouvelles exigences, vous renoncez au sommeil, et tout ceci dans une oscillation de rires et de larmes. Dans la conscience collective, une femme se transforme en mère dès lors que le cordon est coupé. C’est tellement faux. Tout comme on ne nait pas femme, mais fillette, on ne devient pas mère à l’expulsion du placenta !

Un long processus de découverte maternelle s’enclenche à cet instant. Combien de jours, de semaines, de mois faut-il pour réussir à décrypter les pleurs, les besoins de son bébé ? Et même lorsque les choses semblent acquises, personne n’est à l’abri d’une incompréhension, d’une maladresse. Qu’il est difficile de bien faire ! Il est bien plus facile de laisser pleurer que de consoler. Je sens venir une multitude de commentaires contre les phrases qui vont suivre. Soit, je l’assume. J’ai entendu un père d’une famille de quatre enfants dire qu’il laissait pleurer son bébé durant toute la durée du film. Mon coeur s’est brisé pour ces petits. Il est bien plus facile d’ouvrir des petits pots que de cuisiner. Il est bien plus facile de taper plutôt que de ne pas le faire. Il est plus facile de crier que de garder son calme. Il est plus facile d’allumer la télévision. Et oui, être mère c’est dur et être une bonne maman, c’est encore plus dur. On parle ici d’apprentissage. A chaque fois qu’un enfant vient au monde, une femme apprend à être maman. Le fait d’apprendre sous-entend erreur, déception et réflexion. Lorsque l’on apprend, faire des erreurs est normal. L’important c’est de tirer des leçons et de ne pas réitérer un procédé qui ne fonctionne pas. J’ai fait des tas d’erreurs, je ne m’en cache pas. Je suis devenue une meilleure maman grâce à celles-ci.

La difficulté d’être mère c’est sur le long terme. Chaque jour est un nouveau challenge à relever. Dès le réveil, les enfants sont au top de leur forme et nous demandent de l’être aussi. Ce n’est pas toujours le cas. Chaque jour, les mères courent un marathon. Elles sont souvent en haleine. Elles oublient la fatigue. Elles savent bien qu’il leur reste des milliers de kilomètres à parcourir. Alors elles s’accrochent, cherchent leur deuxième souffle voire même le troisième et elles avancent.

J’aime les mères qui ont des valeurs, qui savent qu’elles ne sont pas parfaites mais qui font au mieux pour leur enfant. J’aime les mères qui affrontent la difficulté au lieu de l’esquiver. J’aime les mères qui se trompent et qui s’en excusent. J’aime les mères qui se renseignent, qui approfondissent, qui se demandent pourquoi.

Selon moi, on ne devient pas mère au premier regard. On le découvre, on l’apprend, on l’appréhende. Ici demeure la difficulté.

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Sujet proposé par Lisette. Voilà ma réflexion.

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7 réflexions sur “De la difficulté d’être mère.

  1. Merci Julie pour cet article. Lorsque je parlais de difficulté maternelle, j’allais plus loin que le fait de découvrir un nouveau rôle que celui d’être maman… Durant la grossesse, à la naissance de son enfant ou bien quelques semaines après l’accouchement, environ 20% des mères connaîtront une difficulté maternelle qui peut se traduire par une dépression du post partum, une psychose puerpérale, des phobies d’impulsion. Au delà du simple baby-blues qui touche une femme sur deux, le bouleversement psychique engendré par la naissance de son enfant peut mener certaines d’entre nous dans les méandres les plus sombres de leur histoire, de leur personnalité. Je crois qu’il est essentiel de prévenir les futures mères sans bien évidemment les angoisser parce que, fort heureusement, beaucoup de femmes vivent une maternité sereine.
    Je finirais pour les défenseurs acharnés de l’instinct maternel, que l’on ne nait pas mère, on le devient.

    • On partage la même réflexion. Je vais en effet rajouter un paragraphe sur ce bouleversement que ressentent les femmes peu après la naissance de leur bébé. Merci de m’avoir proposé ce sujet, je n’avais jamais vraiment posé tout ça par écrit et ça m’a beaucoup aidé de réfléchir à cette problématique 😉

  2.  » Chaque jour est un nouveau challenge à relever  » … c’est tout-à-fait ça !!! Toujours se remettre en question face à ce(s) petit(s) ptit(s) bout(s) en espérant qu’on fait et fera toujours au mieux pour les accompagner à l’âge adulte sereinement !!! Merci pour ce bel article encore 😉

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